Mercredi 17 juin 2009

Propos liminaires de Jean-Pierre COURTIAU

 C'est un grand plaisir et honneur pour moi de participer à cette réunion du pôle OUCASE.

Je tiens à remercier également Monsieur le Directeur du CAUE du Pas de Calais, Philippe Druon pour avoir organisé cette rencontre.

Je tiens à remercier également tous les partenaires du pôle qui ont su pérenniser et développer ses activités depuis la signature de la Convention Cadre du pôle le 17 décembre 2007, à l'ENSAP de Lille à Villeneuve d'Ascq.

 Il est toujours opportun et intéressant de revenir aux fondamentaux ; dans la Convention Cadre du pôle, il était stipulé que les objectifs du pôle étaient de :
- promouvoir la formation continue tout au long de la vie,
-fédérer le programme inter-régional, contribuer à une meilleure adéquation entre métiers et formations, les principes essentiels exprimés étant de promouvoir la diversité des métiers et des professions , une culture commune et de répondre aux évolutions.

 Le contexte général

Mais je souhaiterais avant d'aborder le vif du sujet, le fonctionnement et la gestion de votre pôle et d'échanger, rappeler l'importance que constitue la formation continue dans les enjeux de la politique de l'architecture confrontée à de nouveaux défis mais aussi à de nouvelles opportunités.

On peut dire, sans abus de terme, que la formation continue constitue une « ardente obligation » pour la profession, engagement partagé par tous ainsi que l’affirment les déclarations de l’Ordre et des syndicats au niveau national dans le Livre Blanc des architectes : « L’Ordre considère que la compétence reconnue et entretenue des architectes est essentielle pour la diffusion de la culture architecturale auprès des élus et du grand public. »

Cet engagement fort a pour vocation de déboucher sur la reconnaissance légale d’une véritable obligation à l’instar des professions de médecin ou d’avocat ; plus qu’une pétition de principe cette orientation manifeste la maturité d’une profession responsable vis-à-vis de ses clients comme des générations futures et de l’intérêt public de l’architecture pour rappeler les termes de l’article 1er de la loi de 1977.

Depuis longtemps, une bonne vingtaine d’années, la formation continue constitue une composante stratégique de la politique de la DAPA se traduisant par des effets importants : depuis plusieurs années 80 à 90 stages forment 1000 à 1500 architectes par an. C'est un outil de modernisation et de développement de la profession ; d’une certaine manière, la formation continue a joué un rôle de levier dans les évolutions positives accomplies par les architectes depuis les années 80.

Par son positionnement, entre formation initiale et exercice professionnel, la formation continue a permis de fonder un nouveau « contrat social » entre les écoles et la profession d’architecte, mettant fin à une guerre de 30 ans, sinon de 100 ans, où les malentendus accumulés, les rancoeurs et les procès d’intention réciproques avaient creusé un gouffre entre les générations, entre les enseignants et les praticiens, voire au sein des écoles entre les enseignants chercheurs et les enseignants professionnels. Il apparaît au sein des pôles et, en particulier au sein de votre pôle que les passions exacerbées entre les différents acteurs du cadre de vie ont fait place au dialogue et à la recherche du consensus.

Rappelons que, dans les années 80, la formation continue avait été mise en place avec une préoccupation de lutte contre les effets d’une crise économique ravageuse sur le niveau d’emploi dans la profession ; cette première vague de la formation continue avait touché sa cible avant de s’orienter vers des objectifs moins conjoncturels liés à la diversification de la profession et à la conquête de nouveaux marchés ; or, la crise ou les crises sont à nouveau là avec des risques de diminution de la commande et de récession dans le bâtiment et la formation continue est à nouveau invitée à jouer un rôle « contracyclique » de contournement de la crise et d’accompagnement des politiques de relance.

Toutefois, par rapport aux données statistiques qui photographient une composition traditionnelle des marchés des architectes : logement, tertiaire, bâtiments publics, gros entretien, de nouveaux impératifs, de nouveaux marchés, de nouveaux thèmes tels que le développement durable, l’accessibilité, la reconversion de friches industrielles et urbaines appellent de nouvelles compétences et l’exercice de nouveaux métiers.

La réforme de l’enseignement de l’architecture, en elle-même, participe d’un nouveau contexte en donnant aux écoles l’autonomie et la capacité d’initiative qui leur permet de jouer un rôle accru dans la formation continue, à preuve les exemples des pôles régionaux déjà créés.

La DAPA mène depuis 2003 une politique volontariste de constitution de pôles régionaux de formation continue dont les fondements sont les suivants :
– le choix du niveau régional s’impose de lui-même puisque la formation continue est institutionnellement du ressort des régions et que les acteurs régionaux et locaux ont une réelle connaissance du contexte social et économique ;
– l’éparpillement des propositions soumises à la DAPA n’a jamais prouvé sa réelle efficacité pour obtenir la meilleure adéquation entre métiers et formations ;
– l’implication collective des ENSA, des Ordres régionaux , des DRAC, des CAUE et d’autres acteurs du cadre de vie : collectivités territoriales, associations, urbanistes, ingénieurs, paysagistes…permet de construire un processus de caractère pluridisciplinaire pour favoriser l’émergence de nouvelles pratiques inter et transprofessionnelles.

Un premier bilan des pôles fait apparaître des réalités à géométrie variable, des fonctionnements pluriels et des montages divers ; au-delà des ces différences et en dépassant la fonction strictement utilitariste de la participation au marché de la formation, le pôle est avant tout un lieu d’échanges, de débats, de mise en commun des pratiques et des expertises, mais aussi d’élaboration d’une culture actualisée de l’architecture, de l’urbanisme et de l’environnement. Et la maîtrise de la complexité des réalités passe avant tout par la réflexion, l’interrogation, la construction collective.

 Les pôles dans leur ensemble ont l'ambition de construire des liens entre le milieu de l'enseignement supérieur et le milieu professionnel représenté par les professionnels de l'aménagement, de l'habitat, de l'environnement et de l'architecture : élus, maîtres d'ouvrage publics et privés, maîtres d'oeuvre et plus largement tous les acteurs sociaux de l'intérêt public d'un habitat de qualité ; travailler avec les autres acteurs du cadre de vie dans notre monde de réseaux et de territoires complexes et nombreux, concevoir le projet quel qu'il soit, architectural ou urbain implique l'articulation des actions publiques et des identités territoriales à toutes les échelles, y compris à l'échelle de la grande région ; cette culture plurielle et actualisée par la formation continue doit être l'occasion de la reconnaissance de l'altérité ; l'élargissement des réseaux d'acteurs implique évidemment la connaissance de leurs stratégies et de leurs politiques ; cette approche dynamique et sans cesse renouvelée, bâtie sur des partenariats suppose une réelle capacité de compréhension des enjeux à la fois politiques, économiques, sociaux et environnementaux et qui est à l'origine de nouvelles compétences professionnelles et interprofessionnelles.

II Le contexte du pôle OUCASE

Cette année, votre pôle a remis au comité de sélections des offres de formation dix propositions émanant de l'ENSAP, de l'association des architectes de Picardie, du CAUE du Nord ; cinq d'entre elles ont été retenues ce sont :
. lire sa ville pour penser son développement,
. architecture, territoire, développement durable,
. ingénierie environnementale,
. depuis le processus de programmation à l'aide au choix du concepteur,
. les techniques alternatives.

Cinq n'ont pas été retenues : la réforme des autorisations d'urbanisme, le PLU, le permis d'aménager, la ZAC, le document d'urbanisme.

Le blog de Philippe Druon, fournit avec efficacité des informations sur le fonctionnement du pôle.

A ma connaissance, depuis la signature de la convention le pôle s'est réuni le 1er avril, le 17 juin; le 16 septembre, le 2 décembre 2008 et le 1er avril 2009, ce qui est une bonne fréquence.

Au delà de l'aspect purement informatif faisant l'inventaire des formations en cours pouvez vous aller plus loin en échangeant ensemble sur différents thèmes liés à la formation continue et au fonctionnement du pôle ? Lors des troisièmes entretiens de la Cité de Toulouse de février 2009, César Juvé directeur du pôle Midi Pyrénées avait soumis à l'assemblée quelques questions en vrac non dénuées d'intérêt que je vous soumets :
. les paramètres communs à toutes les formation sont : le contenu, la durée, le public, la reconnaissance ;
. le rapport entre l'offre et la demande est essentiel. Comment développer des formations les plus adaptées aux architectes ?
. La distinction entre la sensibilisation, l'information et la formation est importante ; par exemple pour le thème du développement durable faut-il concevoir une sorte de tronc commun de sensibilisation et des formations plus pointues et plus longues ?
. L'objectif actuellement est de toucher d'autres publics : les maîtres d'ouvrage, les élus avec le CNFPT ; privilégier la transpluridiciplinarité est essentielle ; le mélange des acteurs est souhaitable.
. La mise en réseau des formateurs, des conférenciers serait nécessaire en particulier pour le thème du développement durable.
. La question de reconnaissance, de qualification, de « certification », d'attestation se posent pour de nombreuses formations.
. La capitalisation du contenu des formations, des rapports de stagiaires est fondamentale. En ce qui concerne le développement durable environ mille cent stagiaires ont suivi des stages longs et ont fait des rapports en fin de formation ; on peut estimer que 200 à 300 rapports sont de très bonne qualité et sont à diffuser largement. Le centre de ressources Enviroboîte est il suffisamment connu et accessible ? Ces stages ont accumulé savoirs, expériences, matériaux à exploiter, à faire circuler.
. Cette réflexion en appelle une autre ; le rapprochement des pôles pour une économie de moyens, de ressources et de propositions est souhaitable; c'est ce que vous êtes en train d'élaborer avec ce pôle Nord et Picardie.

En ce qui concerne cette recherche du rapport entre l'offre et la demande vous pouvez avoir comme relais la Commission Paritaires Régionale (CPR) Nord Pas de Calais représentée par Francis Kocurek à Fourmies et Benoit Detrez à Douai la CPR Picardie étant représentée par Alain Marc Piel à Liépy en Valois.

En effet, le paritarisme peut participer à la mise en place d’études prospectives comme les enquêtes sociales et professionnelles dans le cadre de la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC) ; les CPR peuvent contribuer à financer des formations prioritaires pour la CPNEFP. En outre, il serait utile de prendre contact avec les responsables des régions en charge de la formation continue et des DRTEFP du Nord Pas de Calais et de Picardie prenant appui notamment des recommandations du Plan Régional de Développement des Formations Professionnelles du Nord Pas de Calais et du Plan Régional Education – Formation de Picardie.

Voilà quelques pistes pour alimenter nos échanges et je clos mon propos par une citation de notre Ministre de la Culture et de la Communication, Madame Christine Albanel : « concernant la formation continue des architectes, je souhaite l'encourager et participer à son développement. Dans un contexte technique qui évolue vite, l'architecture ne peut faire l'économie d'une formation régulière. »

Je vous remercie de votre attention.

Par Philippe DRUON
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